Un chantier d’épandage de qualité doit avoir pour objectif de ne pas occasionner de nuisance. Sa discrétion est signe de résultat. Si la question des odeurs est clairement pointée du doigt, il ne faut pas oublier les désagréments possibles dus au bruit des engins, au salissement de la route par des pertes de boues ou à la dégradation éventuelle des chemins.


• Les odeurs, premier motif de plainte

Les odeurs constituent la première cause de plainte, voire de rejet, de l’épandage des boues. La revendication des populations locales pour un environnement sans nuisances est légitime. Les mauvaises odeurs ne sont pas fatales ou inévitables : il convient d’anticiper en mobilisant les diverses solutions possibles. Cette question doit être traitée à part entière dans l’organisation de la filière (choix sur la conception de la station et des traitements de boues ; consignes de transport et d’épandage).

A l’origine toutefois, il est clair que les boues d’épuration, mélange de matière organique, d’eau et de micro-organismes, sont des matières hautement fermentescibles (?) et, de ce fait, malodorantes. C’est la conséquence inévitable de produits résiduels issus du monde du vivant.

 
 


Deux grands types de solutions sont possibles :

- stabiliser les boues d’épuration en station d’épuration pour réduire ou supprimer les nuisances olfactives,
- appliquer des règles et consignes précises dans le stockage, la manutention et l’épandage des boues.

 

  



• La stabilisation des boues en station

Les traitements biologiques qui se pratiquent aujourd’hui dans de nombreuses stations offrent un premier niveau de stabilisation, mais partiel. Cette stabilisation - peu coûteuse et donc supportable pour les finances des petites communes – est admise comme suffisante (compromis coût/efficacité dans l’état de l’art actuel) tant que les masses en jeu sont faibles.




Des odeurs anormalement fortes sont le fait de stations en surcharge où le temps de traitement des boues est écourté.

 


Lorsque les masses sont importantes (station de moyenne et grande taille), une stabilisation plus poussée est souvent mise en œuvre avec des traitements complémentaires : chaulage, compostage ou séchage thermique. Ces procédés exigent d’être correctement gérés et donnent dans ce cas des boues désodorisées, provisoirement ou définitivement. Mais ils renchérissent de façon sensible les coûts d’investissement, même si ceux-ci sont amortis sur de grands tonnages. En outre, il faut rappeler que ces traitements modifient, plus ou moins radicalement, la nature fertilisante des boues d’épuration. Il faut en tenir compte dans la conception d’ensemble de la filière d’épandage.





 


En contrepartie, cette stabilisation apporte des avantages logistiques indéniables, surtout si les boues sont en même temps hygiénisées :

- réduction des contraintes de stockage,
- réduction des délais et des distances limites réglementaires d’épandage (distance d’isolement vis-à-vis des habitations, cours d’eau, …).


• Maîtriser les odeurs en soignant le transport et l’épandage

Le problème des odeurs se pose donc surtout pour les stations de petite ou moyenne taille. Au cours du stockage des boues – qui dure souvent plusieurs mois en attente d’épandage - les odeurs sont faibles si on ne manipule pas les matières stockées. Les fermentations anaérobies (sans présence d’oxygène) se développent et sont sources de mauvaises odeurs au moment de la reprise et de l’épandage.

Les mesures palliatives à prendre sont de plusieurs ordres :

- choisir des parcelles éloignées des habitations (si possible),
- limiter la durée du chantier d’épandage (rapidité d’intervention),
- limiter le contact boues-air ambiant (confinement, enfouissement),
- informer à l’avance les populations (qualité du relationnel).

A défaut de pouvoir s’éloigner des habitations, il faut que la reprise des boues, leur transport et leur épandage, soient les plus rapides possible pour limiter dans le temps les nuisances du chantier.

Par exemple, pour une station de 3 000 EH produisant 800 m3 de boues par an à 6 % MS, un chantier efficace permet d’épandre la production annuelle en deux campagnes (printemps et automne) de 3 jours chacune, soit seulement 6 jours par an d’épandage.

Les bennes servant au transport des boues pâteuses doivent être couvertes (bâchage) pour confiner les odeurs. Surtout, l’enfouissement de boues insuffisamment stabilisées doit suivre rapidement leur épandage (délai de moins de 48 heures selon la réglementation) : cette mesure est particulièrement efficace pour maîtriser les odeurs.


Maîtriser les autres nuisances :
bruit, salissement, dégradation des chemins


• Bruit
Comme indiqué ci-dessus, un chantier efficient limite dans le temps les désagréments dus au bruit. Les itinéraires peuvent aussi être judicieusement choisis pour éviter, chaque fois que possible, de traverser des zones habitées.
Il est préférable de ne pas épandre les samedis et dimanches, sauf contraintes majeures (furtivité de la fenêtre météorologique favorable par exemple).

• Salissement de la chaussée
Les épandeurs doivent être équipés pour limiter au maximum les accumulations de boues dues à la projection, celles-ci entraînant en effet des dépôts sur les chaussées. Celles-ci seront nettoyées dès que nécessaire. Dans le champ, il sera fait particulièrement attention à ne pas circuler sur des zones venant d’être épandues.

• Dégradation des chemins
Le poids total des engins en circulation doit être proportionné au gabarit des chemins, notamment sur les chemins vicinaux en terre. En cas de dégâts involontaires manifestes, il convient d’en référer aux autorités communales concernées pour réparation.


L’importance du relationnel et de l’information préalable

Les nuisances qui peuvent toujours advenir, même sur des chantiers soignés, sont d’autant mieux acceptées que la population riveraine et la mairie ont été préalablement informées des épandages à venir et des précautions prises pour limiter à leur plus faible niveau les nuisances possibles. Le nom de la personne responsable du chantier, et pouvant être contactée téléphoniquement, doit être connu. Un registre des plaintes peut être ouvert pour consigner les réclamations et indiquer la réponse apportée.



 


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