L’épandage des boues d’épuration génère des coûts d’investissement pour certains traitements spécifiques (chaulage par exemple), les ouvrages de stockage et parfois les matériels d’épandage, et des coûts annuels d’exploitation liés aux traitements spécifiques des boues, aux diverses opérations de transport et d’épandage et au programme d’autosurveillance des épandages (dont suivi et analyses). L’ensemble de ces coûts est supporté par le producteur de boues.

L’économie, pour la collectivité, réside dans la différence de dépenses entre l’incinération ou la mise en décharge et l’épandage.

Du point de vue de l’agriculteur, une bonne valorisation du pouvoir "engrais" ou amendant des boues d’épuration permet de faire des économies sensibles sur les achats de fertilisants à l’hectare.


• Élaboration du coût pour les producteurs de boues

- Eléments de méthode
Dans le domaine des boues d’épuration, les coûts s’expriment usuellement à la tonne de matière sèche (t MS) épandue, contrairement à ce qui se fait pour les autres déchets (?) urbains où l’on utilise plutôt des ratios sur tonne de matière brute. La méthode de calcul, simple dans son principe, consiste à lister tous les postes de dépenses et à les diviser par le tonnage sec épandu.

Cependant, il est toujours possible d’exprimer ces coûts d’autres façons :

- sur le tonnage brut (à condition de connaître la teneur en eau),
- à l’équivalent-habitant (?) (raccordé ou nominal, c’est-à-dire en pleine charge de la station),
- au m3 d’eau potable distribué (sous réserve de bien connaître ce chiffre), pour mieux connaître l’impact de la filière d’épandage sur le prix de l’eau.

Une difficulté rencontrée réside dans les hypothèses à retenir pour répercuter les coûts d’investissement dans le bilan économique des opérations. Il s’agit surtout du stockage, mais aussi des matériels de transport et d’épandage ainsi que des études du type étude préalable.

Ces investissements ne sont pas renouvelés chaque année : on calcule donc une charge annuelle d’amortissement, liée à la durée prévue des équipements, que l’on impute ensuite sur le tonnage épandu. Selon la durée d’amortissement retenue, la prise en compte ou non des subventions, les taux d’intérêt, etc., les résultats peuvent différer singulièrement.

- Illustration dans deux exemples
(situations réelles observées en France - 1998/1999)

- une station d’épuration de 3 000 équivalent-habitants (EH), située dans le centre de la France, représentative des zones rurales, fonctionnant à 55 % de sa charge nominale et produisant des boues liquides (3 % MS). (Tonnage réel produit : 27 t MS, soit 900 m3/an).
- une station d’épuration de 50 000 équivalent-habitants, située dans le nord de la France, représentative d’une commune de moyenne importance, fonctionnant à 70 % de sa charge nominale et produisant des boues chaulées à 25 % MS. (Tonnage réel produit : 613 t MS hors chaulage ; 800 t MS avec chaulage, soit 3 200 t brutes/an)

Les coûts présentés ci-après incluent les coûts d’investissement (dont 9 mois de
stockage) et d’exploitation. Ils sont calculés hors subventions.

 
  


Utilisation
agricole

Station de 3 000 EH

Station de 50 000 EH

F HT / t MS

F HT / t brute

%

F HT / t MS

F HT / t brute

%

Traitement spécifique de chaulage

400

100

31

Stockage

1674

50

47

225

56

17

Transport, reprise et épandage

1156

35

33

471

118

36

Etudes, suivis et analyses

744

22

20

204

51

16

TOTAL

3 574
(544 E)

107
(16,3 E)

100

1 300
(198 E)

325
(49,51 E)

100

Total dépenses/an

96 000 F (14 624 E)

800 000 F (121 867 E)

Coût par équivalent-habitants

32 F / EH (4,90 E)

16 F / EH (2,44 E)

Coût par m3 d'eau potable distribué

0,90 F / m3 (0,14 E)

0,45 F / m3 (0,07 E)

 

 


- L’intérêt économique pour la collectivité réside dans l’économie réalisée en évitant certains investissements ou le recours à des filières d’élimination plus coûteuses.

- La station de 3 000 EH devrait investir dans une unité de déshydratation (500 kF environ ou 76 kE) ou recourir au service d’une unité mobile de déshydratation, puis assumer des coûts de transport et d’admission dans un centre d’élimination, soit environ 3 000 à 5 000 F supplémentaires par t MS (457 à 761 E).

- Pour la station de 50 000 EH, le surcoût serait de 500 à 1 000 F environ par t MS (76 à 152 E).

Toutefois, il faut indiquer que les filières d’épandage avec des boues compostées ou séchées thermiquement sont souvent de coût égal ou supérieur aux filières d’élimination. Ce n’est donc plus « l’intérêt économique » qui prime, mais plutôt le choix d’une filière écologiquement et socialement plus satisfaisante.


• Intérêt économique pour l’agriculteur

Dans la mesure où l’agriculteur respecte bien les conseils agronomiques donnés, l’économie sur les achats de fertilisants à l’hectare peut être appréciable.

Son intérêt économique est d’autant plus fort qu’il supporte de moins en moins le coût de l’épandage, réalisé souvent par le producteur de boues. Cette livraison « rendue racine » représente de plus, pour lui, une économie de temps à des périodes souvent chargées du calendrier agricole.

Le bénéfice économique ainsi retiré constitue une contrepartie de la mise à disposition gratuite des terres agricoles pour l’épandage des boues. L’intérêt économique est également à mettre en balance avec le risque qu’il est susceptible de prendre en acceptant l’épandage des boues d’épuration : ce risque étant infime si l’opération est correctement gérée, et couvert, le cas échéant, par un dispositif d'assurance.

 

 


- Eléments de méthode : La valeur équivalent engrais peut se calculer sur la base du prix moyen local des fertilisants minéraux, en tenant compte des coefficients de disponibilité. La méthode présentée ci-dessous offre une approche rationnelle de cette évaluation économique, chaque agriculteur pouvant modifier les paramètres à retenir selon sa situation culturale.

Exemple : il s’agit du même cas traité dans la fiche : "L'intégration des boues d'épuration dans le plan de fertilisation" : boue liquide à 6 % MS, non chaulée


Remarque : L’exemple ci-contre peut être analysé de diverses façons selon que l’on compte ou non les éléments faiblement dosés dans ce type de boues (potasse, chaux, magnésie), selon le statut phosphaté ou calcique du sol (absence de besoins en P ou Ca), selon qu’il faille intégrer des éléments comme le soufre ou les oligo-éléments apportés par les boues, etc. Le prix des engrais varie aussi selon les régions, les quantités achetées, la période d’approvisionnement, la formule de l’engrais (l’urée est moins chère que l’ammonitrate par exemple), etc…

 


 

Total
kg/m3

% coefficient disponibilité

Masse disponible
kg/m3

Prix
F/kg

Valeur
F/m3

N

4,2

40

1,7

3,0

5,1

P2O5

3,5

70

2,5

3,3

8,2

K2O

0,5

100

0,5

2,0

1,0

CaO

3,0

80

2,4

0,6

1,4

MgO

0,5

100

0,5

5,0

2,5

Total valeur équivalent-engrais : 18,2 F / m3 (2,77 E) si tous les éléments sont considérés
Si dose d’épandage de 37 m3/ha, alors valeur équivalent-engrais = 673 F/ha (102 E)

 


Attention : il ne s’agit que d’un exemple, et non d’une valeur absolue. Si les terrains sont bien pouvus en potassium, calcium et magnésium, ces éléments ne sont pas à intégrer dans le calcul, et la valeur équivalent-engrais n’est plus que de 13,3 F/m3. Selon les types de boues et de contextes culturaux, la valeur équivalent-engrais varie de 5 F/m3 (boues liquides) à 80 F/m3 ou tonne brute (boues chaulées).

 


Sur la base de l’exemple développé dans la fiche : "L'intégration des boues d'épuration dans le plan de fertilisation", le montant des engrais (?) économisés pour le maïs, en tête de rotation culturale, s’élève à 673 F/ha, soit une baisse de 45 % des charges de fertilisation (achat de fertilisants). Exprimée sur la totalité de la rotation (4 ans), cette économie est de 234 F/ha/an en moyenne.

Pour les boues chaulées, des calculs identiques peuvent être réalisés, sachant qu’une tonne brute de boues chaulées apporte 70 kg CaO et que 1 600 kg de CaO sont nécessaires sur 4 ans pour des sols acides. L’économie par an peut ainsi représenter 700 à 800 F/ha.

Pour le compost de boues, le calcul de la valeur doit prendre comme référence le marché local des amendements (?) organiques, si possible en se basant sur des produits de même efficacité amendante (intérêt de connaître l’indice de stabilité biologique et de la cinétique de minéralisation de l’azote : tests en cours de normalisation). Les éléments N-P-K peuvent être considérés en sus, selon leur biodisponibilité (?).


• Comparaison de l’intérêt économique respectif collectivité/agriculteur

Si l’intérêt économique pour l’agriculteur s’exprime à l’hectare, il est intéressant de traduire cette valeur par t MS pour la comparer à l’intérêt économique de la collectivité.

• Valeur fertilisante des boues, exprimée à la t MS :

- valeur MS d’une boue liquide à 3 % MS : environ 170 F/t MS (5 F/m3)
- valeur MS d’une boue liquide à 6 % MS : environ 300 F/t MS (18,2 F/m3)
- valeur MS d’une boue liquide à 25 % MS : environ 320 F/t MS (80 F/m3)

Seuls les ordres de grandeur sont à considérer : 150 à 300 F/tMS (22,85 à 45,70 E)

• Pour la collectivité, l’intérêt des filières d’épandage, comparativement à l’incinération ou à la mise en décharge, se situe entre 500 et 3 000 F/t MS (76,17 à 475 E). Sur un strict plan économique, le choix d’une filière épandage est d’abord avantageux pour la collectivité : différence d’un facteur 3 à 10 entre l’intérêt pour l’agriculteur et l’intérêt de la collectivité.

• Cette comparaison n’est plus pertinente dans le cas de filières boues séchées ou boues compostées, de même ordre de coûts que les filières d’élimination. Le choix de telles options est alors davantage basé sur un contexte local particulier ou des considérations sociales et écologiques, que sur un déterminant économique strict, le bénéfice de l’agriculteur étant alors autant économique que technique.

 
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