L’action de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME) dans le domaine des boues d’épuration municipales (urbaines et rurales) s’inscrit dans la logique de la politique nationale sur l’élimination des déchets, définie par la loi de 1975 modifiée en 1992, et qui institue la hiérarchie suivante : prévention, valorisation, élimination.

UN POSITIONNEMENT PRIVILÉGIÉ SUR LE VOLET “VALORISATION”

Dans le domaine des boues d’épuration, l’amélioration nécessaire des performances de collecte et de traitement des eaux usées va inévitablement induire une croissance de la production dans les années à venir : actuellement 850 000 tonnes environ de matières sèches (MS) contre 1 100 000 t MS en 2005, selon la Direction de l’eau du Ministère de l’environnement. Mieux on traite les eaux, plus on produit de boues.
Dans ce domaine de la production de boues, des actions de “prévention” sont promues par les Agences de l'Eau. Elles consistent à encourager tout progrès en matière d’économie d’eau ou de réduction des rejets organiques, notamment en milieu industriel (technologies propres), et à favoriser les travaux sur les nouveaux procédés susceptibles de réduire les masses de boues produites dans les stations d’épuration.

En aval, l’ADEME a pour mission d'intervenir sur leur “valorisation”, notamment en terme de “recyclage agronomique”, c’est-à-dire :

- par épandage en agriculture proprement dite (terres labourées et herbage),
- en végétalisation (réhabilitation de sites remaniés : décharges ; talus routiers, autoroutiers, ferroviaires ; pistes de ski ; terrils ; friches industrielles ; etc.)
- ou en sylviculture (production ligneuse).

Par ailleurs, des développements prometteurs de fabrication de matières fertilisantes commerciales dérivées de ces boues sont actuellement à l'étude.

La voie agronomique est privilégiée en raison de la valeur fertilisante des boues d’épuration, de la simplicité de mise en œuvre des opérations (notamment dans une logique de proximité), et des coûts compétitifs qu’elle engendre par rapport à l’élimination par incinération ou mise en décharge (celle-ci devant se restreindre progressivement après 2002). Surtout, cette filière de valorisation a fondamentalement un sens environnemental puisqu'elle réintroduit dans les cycles primaires de la production végétale des éléments minéraux (azote, phosphore, calcium,…), ce qui réduit sensiblement l’emploi d’engrais chimiques de synthèse (au coût énergétique élevé) ou d’origine minière (au caractère non renouvelable).


L’audit environnemental et économique des filières d’élimination des boues d’épuration, publié en 1999 par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, confirme le bien-fondé de ces orientations. Par ailleurs, une étude européenne, réalisée en 1999 par l'ADEME avec le Cabinet Andersen Consulting, montre que cette analyse est partagée par de nombreux pays, et notamment en Europe du Nord, là où les réflexions sont les plus avancées.

Le recyclage agronomique des boues n'est toutefois pas une obligation. En cas d'impossibilité ou de choix différents de la part des collectivités, il convient que les voies d'élimination retenues (incinération, oxydation par voie humide,…) soient mises en œuvre dans les meilleures conditions, économiques et sociales. Enfin, la mise en décharge reste l'ultime recours possible, sous réserve également de bonnes pratiques.

RÔLE D'EXPERTISE DE L’ADEME

Fondamentalement, le rôle de l’ADEME est d’éclairer techniquement et scientifiquement les choix stratégiques des pouvoirs publics (ministère de l’environnement, administrations, conseils généraux ou régionaux) dans l’élaboration et la conduite d’une politique publique environnementale en matière de gestion des boues d’épuration. Ce rôle s’élargit à un soutien des acteurs publics ou privés (Agences de l’eau, collectivités locales, entreprises) dans la mise en œuvre de programmes départementaux ou locaux de gestion des boues d’épuration.

L’ADEME assure à ce titre une assistance technique au Comité national sur l’épandage des boues d’épuration (CNB), créé en février 1998 par les ministères de l’environnement et de l’agriculture. A la demande du Comité National des Boues, elle a également réalisé :

 - Un séminaire de travail “bagage commun de connaissances” (mai 1998),
 - Une étude sur “la situation du recyclage agricole des boues d’épuration en Europe” (1999),
 - Le dossier documentaire sur "Les boues d'épuration municipales et leur utilisation en agriculture", en animant différents comités de rédaction, composés des membres du Comité technique permanent sur l’épandage des boues d’épuration (CTP). Ce dossier a fait l'objet du présent site internet ainsi que d'une édition et d'un cédérom à diffusion restreinte.

Cette contribution au débat national assure un travail en profondeur en matière de synthèse et approfondissement des connaissances (recherches, communication, technique). Elle comprend aussi une action importante en faveur de l’amélioration des pratiques d’épandage (démarche-qualité) et inclut un dispositif financier pour favoriser l'émergence d'opérations vitrines.

LES DIFFÉRENTES ACTIONS DE L’ADEME


Les actions de l’ADEME sur la filière de valorisation agronomique des boues d’épuration municipales s’organisent autour des axes suivants :

- synthèse et diffusion des données et connaissances
- soutien aux travaux de recherches
- configuration Qualité des opérations d’épandage
- aides financières


Synthèse et diffusion des données et connaissances

L’ADEME a lancé depuis 1992 une collection éditoriale thématique “valorisation agricole des boues d’épuration”
dont l’objet est de synthétiser et de diffuser les résultats acquis depuis 25 ans par la recherche et les expérimentations de terrain sur l’épandage des boues d’épuration, tant en France qu’à l’étranger. Ces guides techniques couvrent les aspects sanitaires, agronomiques, logistiques et socio-économiques des épandages et visent essentiellement le public des ingénieurs et techniciens de terrain en charge de l’encadrement, du suivi et du contrôle des opérations d’épandage (administrations, bureaux d’étude, chambres d’agriculture, services techniques municipaux). Les organismes de recherche ou d’enseignement supérieur les plus compétents dans les domaines concernés sont sollicités par l’ADEME pour réaliser ces documents de synthèse.


Soutien aux travaux de recherches

Le soutien à la recherche est une activité importante de l’ADEME sur la thématique de l’épandage des boues d’épuration. Ces recherches portent sur les aspects agronomiques, sanitaires et environnementaux. Elles prennent la forme de bourses de thèse (une dizaine de thésards sur le sujet depuis 5 ans) ou de contrats passés avec les centres de recherches agronomiques (INRA), les chambres d’agricultures (programmes régionaux d’expérimentation agronomiques : Languedoc-Roussillon, PACA, Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté), le CNRS, les écoles supérieures (INA-PG, ENSA, etc.), ou les centres de recherches privés (IRH-Environnement, Anjou-Recherche, CIRSEE,…), etc. Au total, entre vingt et trente contrats, souvent pluriannuels, sont passés chaque année par l’ADEME.

Pour fédérer des équipes et stimuler les recherches, l’ADEME recourt également aux procédures d’appel d’offres sur des thématiques précises, insuffisamment étudiées en France, en mobilisant alors des budgets lourds de plusieurs millions de francs sur 3 à 5 ans. [Exemple du programme “ VADETOX ” sur l’écotoxicologie des déchets épandus en agriculture, visant à concevoir des tests sensibles et spécifiques pour mieux apprécier l’innocuité environnementale des produits à épandre et améliorer le diagnostic d’aptitude à l’épandage. Ce programme est particulièrement novateur en Europe].

Configuration-Qualité des opérations d’épandage

Développement d’outils méthodologiques pour améliorer la qualité des épandages et restaurer la confiance :

- élaboration d’une grille d’évaluation du niveau de qualité des opérations d’épandage,
- soutien d’un projet de certification des opérations d’épandage proposé par le Syndicat des professionnels du recyclage en agriculture (SYPREA), avec une échéance en 2001 ou 2002,
- développement d'un logiciel permettant la traçabilité des épandages de boues d'épuration (projet LAGBEA).

Opérations-pilotes
Dans le cadre du programme “Gestion biologique des déchets” (GBD), l’ADEME propose de mettre en place un réseau d’opérations exemplaires en France comprenant notamment un certain nombre de sites d’épandage de boues d’épuration. L’idée de base est d’en faire des opérations de référence, avec création de “clubs locaux” réunissant tous les acteurs impliqués ou concernés (y compris l’agro-industrie, les consommateurs et les associations de protection de la nature) et visant à concevoir et mettre en œuvre un “plan d’action qualité” (PAQ). Un soin particulier est apporté à l’organisation des données produites (analyses boues, sols, récoltes), de façon à favoriser leur regroupement national, leur exploitation statistique et leur diffusion.

Action territoriale
L’ADEME apporte depuis de longues années (1979) un soutien technique aux missions-déchets des chambres d’agriculture dans le cadre d’un partenariat national avec l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Une reconfiguration du rôle des missions-déchets est désormais prévue par l’article 18 de l’arrêté du 8 janvier 1998 qui prévoit la possibilité par le préfet de créer un dispositif de suivi agronomique des opérations d’épandage indépendant du producteur de boues. Ce dispositif devrait accroître les garanties de fiabilité des opérations.

L’ADEME encourage par ailleurs la réalisation de plans départementaux de gestion des boues d’épuration permettant, dans un premier temps, une concertation élargie entre les différentes parties prenantes de la filière épandage et les évolutions souhaitables compte-tenu des diverses attentes, puis dans un second temps la conception et la mise en œuvre d’un programme départemental de mise à niveau des opérations d’épandage, tant sur les points équipements qu’organisation. L’ADEME veille cependant à ce que les autres catégories de déchets (?) organiques soient considérées (notamment déjections animales, mais aussi composts de déchets verts, composts urbains, déchets IAA, etc.) pour garantir cohérence et complémentarité dans l’approche territoriale chaque fois que nécessaire.


Aides financières de l’ADEME

• Pour des opérations d’investissement, les financements ADEME sont de trois types :

- aide à la décision (pré-diagnostic ou études de faisabilité)
- aide à l’investissement (uniquement pour des opérations exemplaires ou de démonstration)
- aide au suivi et à l’évaluation (pour favoriser le retour d’expérience et diffuser les références)

Les aides à l’investissement ne sont pas systématiques, à l’inverse des modalités d’intervention des agences de l’eau. Des critères précis sont donc établis par l’ADEME pour fonder l’exemplarité ou la démonstration des opérations retenues. L’objectif visé est de favoriser l’évolution technologique, en apportant un financement exceptionnel, par rapport aux subventions de base déjà existantes, et compenser ainsi le surcoût des propositions ADEME. Les sites retenus deviennent alors des vitrines des évolutions à favoriser. Aides à la décision et aides au suivi/évaluation accompagnent en cohérence le dispositif incitatif ainsi prévu.

• Pour favoriser l’action territoriale, l’ADEME peut financer des contrats territoriaux et des chargés de mission.

Contact ADEME : Jacques Wiart, direction de l'agriculture et des bioénergies