Le 6 septembre 2004, le
Premier Ministre annonçait des objectifs en
matière de production de biocarburants (800
000 tonnes supplémentaires fin 2007), la parution
d'un plan national biocarburants et le lancement fin
2004 d'un appel d'offres pour la construction de quatre
nouvelles usines. Cette montée en puissance
devrait permettre à la France de se conformer
à la recommandation européenne de 5,75
% d'incorporation de biocarburants dans les carburants
classiques d'ici 2010. Ce taux est également
affiché par le Plan Climat 2004, plan d'actions
du gouvernement français en vue de respecter
les engagements pris dans le cadre du Protocole de
Kyoto. En outre, le contexte pétrolier actuel
remet au premier plan la recherche d'une plus grande
indépendance énergétique.
La situation actuelle
En France, seuls deux types de biocarburants ont été
développés à ce jour : - le bioéthanol
ou plutôt son dérivé, l'ETBE (éther),
en mélange à l'essence (0,4 % en valeur
énergétique), produit à partir
de betteraves et de blé par trois unités
industrielles de transformation, - un dérivé
des huiles végétales (ester méthylique
ou biodiesel) en mélange aux gazoles (1 % en
valeur énergétique), produit pour l'essentiel
à partir de colza par quatre unités
industrielles d'estérification. Le biodiesel
peut aussi être utilisé en tant que cocarburant
(jusqu'à 30 %) dans des flottes captives (bus,
véhicules utilitaires...). En 2003, leur utilisation
a représenté une valeur énergétique
de 0,78 % de la consommation française de carburants
automobiles, une substitution énergétique
de 340 000 tep et une économie nette d'énergie
de 218 550 tep.Les rejets annuels de CO2 évités
s'élèvent à 820 000 teq CO2.
« Depuis quelques années, en France,
les volumes de production stagnent dans un contexte
européen de développement général
des biocarburants alors que notre pays dispose d'un
très fort potentiel », déclare
Étienne Poitrat du département bioressources
de l'ADEME.
La France bien placée par ses ressources
agricoles
La France est en tête des pays d'Europe quant
à la superficie de terres arables avec 18 millions
d'hectares, loin devant l'Espagne,la Pologne et l'Allemagne.
Elle est aussi le premier pays producteur de céréales
d'Europe (53 millions de tonnes par an) et le premier
pays exportateur. « L'utilisation à
grande échelle de ces ressources agricoles
pour la production de biocarburants serait intéressante
car la recherche de marchés à l'export
est difficile. Elle permettrait aussi de réduire
les importations de protéines soja pour l'alimentation
animale grâce aux co-produits protéinés
(tourteaux, drêches de céréales...)
issus des procédés de production
», précise Étienne Poitrat.
Les progrès des filières de
production
Au cours de ces dix dernières années,
la France a acquis un réel savoir-faire. Notamment,
les programmes de R & D conduits dans le cadre
d'AGRICE, groupement d'intérêt scientifique
piloté par l'ADEME, ont permis de mettre au
point des procédés de plus en plus performants.
Si les procédés industriels actuels
sont probants pour des petites et moyennes tailles,
le passage à des échelles industrielles
très importantes reste à réaliser.
C'est le cas de la filière "éthanol"
qui a du chemin à faire avant d'arriver à
des tailles comparables à celles des États-Unis,
du Brésil ou même à celles en
construction en Allemagne. La filière "ester"
est, quant à elle, relativement mieux installée.
« Les investissements à consentir
sont très lourds et ne supportent pas de retard
car la concurrence est très forte. Les projets
peuvent être assurés financièrement
par des consortiums agricoles », souligne
Étienne Poitrat. Une nouvelle ère s'annonce
qui conduira à mettre au point de nouveaux
procédés permettant d'utiliser de nouvelles
matières végétales comme la lignocellulose
(bois, paille, plantes entières...). Il en
résultera des ressources plus abondantes et
diversifiées. Ces nouveaux procédés,
qui font l'objet de programmes de R & D dans le
cadre d'AGRICE, devront passer à l'échelle
industrielle dans des délais très courts
pour faire face à la concurrence.

Les limites et contraintes agricoles
Les surfaces agricoles nécessaires
à la production d'éthanol sont suffisantes
alors que, pour les huiles végétales,
ce paramètre est plus sensible. Un impératif
: le respect de l'environnement (rotation des cultures
permettant de préserver les sols, usage raisonné
de fertilisants...). En outre, les choix des agriculteurs,
qui doivent prendre en compte leurs marges bénéficiaires
et comparer la rentabilité des différents
types de culture dans un marché très
évolutif, peuvent représenter une limite.
Enfin, le coût des biocarburants et leur écart
de compétitivité avec les carburants
fossiles constituent un frein. La filière est
rentable à terme sans aide fiscale si le pétrole
vaut 50 $ le baril. « On peut faire baisser
les coûts en augmentant l'efficacité
des procédés de production.On peut aussi
rechercher une baisse des coûts énergétiques
agricoles et industriels en s'affranchissant des combustibles
fossiles et en recourant davantage aux énergies
renouvelables, par exemple grâce à la
mise en place de chaufferies à paille et bois
avec cogénération pour la production
d'éthanol », conclut Étienne
Poitrat.