Mensuel à destination des entreprises et des collectivités territoriales

 N° 98 / octobre-novembre 2004 Lettre | Dossier | Newsletter S'abonner | Archives 
Valoriser ou éliminer
les boues d’épuration ?

La production de boues d’épuration ne cesse de croître en raison de l’augmentation du nombre de stations d’épuration des eaux usées et de l’élévation de la qualité du traitement des boues. Plusieurs solutions de valorisation et d’élimination sont possibles, mais toutes ne présentent pas les mêmes avantages en termes environnementaux et économiques.

DÉCHETS

«La production de boues d’épuration impose de faire des choix sur la manière de les valoriser ou de les traiter, explique Yves Coppin, du département gestion biologique et sols de l’ADEME. Les producteurs de boues (élus ou industriels) doivent arbitrer en fonction d’éléments liés à des conditions locales variables ; on constate parfois des oppositions fortes à l’épandage. »

LES AVANTAGES DE LA VALORISATION AGRICOLE
L’utilisation des boues en tant qu’engrais (ou amendement après compostage) s’inscrit pleinement dans le recyclage et permet de boucler, par retour au sol, le cycle de la matière organique. Il en résulte pour l’utilisateur un emploi moindre d’engrais minéraux. Et la valorisation agricole reste la filière la moins coûteuse : de 1 à 2,5 fois moins que l’incinération et de 1,5 à 2 fois moins que la mise en décharge. À ce jour, l’épandage agricole représente un peu plus de la moitié des débouchés. Ses impacts sanitaires et environnementaux sont maîtrisés par un encadrement strict des pratiques. Ainsi la loi impose-t-elle préalablement aux épandages agricoles, la réalisation d’études de sensibilité du milieu et, lors des épandages, des contrôles réguliers sur les boues épandues et les sols, avec traçabilité géographique. À ces aspects réglementaires viennent s’ajouter des démarches qualité développées par les professionnels, avec le soutien de l’ADEME et des Agences de l’Eau (police des réseaux, logiciel de traçabilité, démarche Qualicert...) pour améliorer la qualité des boues et des épandages, et répondre aux souhaits des agriculteurs.

D’AUTRES FILIÈRES À DÉVELOPPER
« En dépit des avantages de la valorisation agricole, les producteurs de boues, lorsqu’ils en ont les moyens financiers et techniques, souhaitent diversifier les voies de gestion des boues. On assiste ainsi au développement d’approches multi-filières », constate Yves Coppin. Si la mise en centre d’enfouissement verra son poids diminuer à l’avenir, l’incinération dans des installations spécifiques - nécessairement de grande taille pour des raisons économiques - ou en co-incinération, se développera. Ces voies alternatives sont surtout le fait de grandes agglomérations. « Il n’y a pas de solution-type, mais uniquement une réponse adaptée au cas de figure local en tenant compte de la taille de la station d’épuration, de l’offre de sites de traitement à proximité et de l’environnement agricole, insiste Yves Coppin. Il est toutefois nécessaire de privilégier la valorisation matière (épandage) qui présente des avantages environnementaux ou l’incinération avec récupération de chaleur à condition d’optimiser le bilan énergétique. » Des filières de valorisation matière autres que l’épandage strictement agricole commencent à émerger, comme par exemple l’épandage en parcelles boisées. L’ADEME soutient le comité national de pilotage qui mène des essais sur l’épandage des boues d’épuration en France. Elle s’investit dans les travaux en cours pour l’encadrement des épandages visant à reconstituer les sols dégradés et à les végétaliser.





Test d’épandage des boues issues d’une station d’épuration.
© O.Sébart / ADEME


Quelques chiffres
- Environ 2 millions de tonnes de matières sèches de boues d’épuration produites annuellement en France,dont un peu moins de la moitié pour les boues urbaines.

- Environ 55 % de ces tonnages épandus en agriculture sur 3 % de la surface agricole utile française.

- Entre 15 et 20 % mis en décharge.

 CONTACT    Yves Coppin
Tél. : 02 41 20 43 05
yves.coppin@ademe.fr