Mensuel à destination des entreprises et des collectivités territoriales

 N° 94 / Octobre-novembre 2003 Lettre | Dossier | Newsletter S'abonner | Archives 
Biogaz : un fort potentiel encore inexploité

La production du biogaz à partir de la fermentation des déchets organiques a sensiblement progressé ces dernières années, principalement en raison de la montée en puissance de la valorisation du biogaz de décharge. Des travaux de R&D sont engagés afin d'améliorer l'équilibre économique des applications existantes et de développer de nouvelles utilisations.

DÉCHETS ET ÉNERGIES RENOUVELABLES
L
e biogaz est un mélange de méthane et de gaz carbonique issu de la fermentation des matières organiques en l'absence d'oxygène. Ce processus naturel se déroule spontanément dans les centres d’enfouissement de déchets, mais on peut aussi le provoquer artificiellement dans des “digesteurs”, cuves étanches et calorifugées contenant des déchets fermentescibles. La technique de méthanisation, complémentaire à l’incinération et au compostage, peut constituer ainsi, sous certaines conditions, une solution durable de traitement des déchets organiques (ordures ménagères, effluents organiques industriels et agricoles, boues d'épuration urbaines et industrielles).

Un double enjeu environnemental
« La valorisation du biogaz constitue un double enjeu environnemental : offrir une nouvelle source d’énergie renouvelable à partir de déchets organiques et lutter de façon efficace contre les émissions de méthane qui constitue un gaz à effet de serre vingt fois plus nocif que le gaz carbonique », déclare Olivier Théobald, de la direction de l'agriculture et des bioénergies de l'ADEME.

Réglementation et incitations
Créé en 1999 au sein de l'Association technique énergie environnement (ATEE), le Club Biogaz regroupe les principaux acteurs du biogaz et de la méthanisation (industriels, collectivités, fournisseurs d'énergie, d'équipements, bureaux d'études…) et s'est fixé comme objectif de promouvoir cette filière. L’arrêté du 9 septembre 1997 impose aux exploitants de centres d’enfouissement de capter le biogaz et de le valoriser, ou à défaut, de le brûler en torchère. Depuis, les quantités valorisées ont augmenté. Un dispositif réglementaire sur les émissions des moteurs permettrait de développer la valorisation thermique. « Il est nécessaire que les entreprises françaises acquièrent le savoir-faire indispensable à la diffusion de la méthanisation bien qu'il existe déjà des applications industriellement éprouvées, notamment dans l'agroalimentaire sous forme de production de chaleur et d'électricité, explique Olivier Théobald. Depuis avril 2002, les unités de méthanisation bénéficient de tarifs d'achat de l’électricité produite à partir de biogaz, à l'instar de ce qui a été fait pour les centres de stockage. Ils s'avèrent cependant insuffisants pour l'équilibre économique des unités de méthanisation. » Le potentiel du biogaz de décharge est lui aussi sous-exploité : une vingtaine de centres d’enfouissement sont équipés d’unités de valorisation (28 000 tep/an). « De 1999 à 2001, on a constaté une progression importante de production électrique à partir du biogaz de centre de stockage. Actuellement, ce sont des unités d'une puissance de 2 MW électriques en moyenne qui sont mises en service. De la même manière que pour la méthanisation, un retour d'expérience sur ces unités facilitera un développement optimal de ces techniques », précise Sandrine Wenisch, du département technique des déchets de l'ADEME.

Des pistes de progrès
L’ADEME est fortement impliquée dans la R&D et les opérations de démonstration.
En 2002, elle a consenti 4,3 M€ d’aides à l’investissement, principalement consacrés à trois importants projets de méthanisation de déchets organiques en mélange en Bretagne, dont une unité vient de démarrer son exploitation. Elles constitueront les premières références à l’échelle industrielle. L’agence a accordé des aides à la décision à 18 opérations : pré-diagnostics pour la méthanisation dite “à la ferme”, études de faisabilité pour la valorisation du biogaz de centres d’enfouissement... D'autres applications sont en phase d'études, comme par exemple la production de carburant et l’injection dans des canalisations dédiées, ou la méthanisation des déchets gras.




Point de contrôle sur réseau de récu- pération du biogaz de décharge.
© R. Bourguet/ADEME

Chiffres-clés 2001
Potentiel valorisable :
276 000 tep
Potentiel valorisé :
87 500 tep

 Unités de méthanisation
 Environ 140 digesteurs traitant les boues de station d’épuration d'eaux usées urbaines (produisant 40 000 tep/an).
 86 digesteurs d’effluents indus- triels (15 000 tep/an).
 2 unités de méthanisation de dé- chets municipaux (5 000 tep/an).
(source : Observ'Er, 2001)

 CONTACTS  Olivier Théobald
Tél. : 02 41 20 43 12
olivier.theobald@ademe.fr
Sandrine Wenisch
Tél. : 02 41 20 41 78
sandrine.wenisch@ademe.fr