| DÉCHETS
ET ÉNERGIES RENOUVELABLES
Le biogaz est un mélange de méthane
et de gaz carbonique issu de la fermentation des matières
organiques en l'absence d'oxygène. Ce processus
naturel se déroule spontanément dans les
centres d’enfouissement de déchets, mais
on peut aussi le provoquer artificiellement dans des
“digesteurs”, cuves étanches et calorifugées
contenant des déchets fermentescibles. La technique
de méthanisation, complémentaire à
l’incinération et au compostage, peut constituer
ainsi, sous certaines conditions, une solution durable
de traitement des déchets organiques (ordures
ménagères, effluents organiques industriels
et agricoles, boues d'épuration urbaines et industrielles).
Un double enjeu environnemental
« La valorisation du biogaz constitue
un double enjeu environnemental : offrir une nouvelle
source d’énergie renouvelable à
partir de déchets organiques et lutter de façon
efficace contre les émissions de méthane
qui constitue un gaz à effet de serre vingt fois
plus nocif que le gaz carbonique »,
déclare Olivier Théobald, de la direction
de l'agriculture et des bioénergies de l'ADEME.
Réglementation et incitations
Créé en 1999 au sein de l'Association
technique énergie environnement (ATEE), le Club
Biogaz regroupe les principaux acteurs du biogaz et
de la méthanisation (industriels, collectivités,
fournisseurs d'énergie, d'équipements,
bureaux d'études…) et s'est fixé
comme objectif de promouvoir cette filière. L’arrêté
du 9 septembre 1997 impose aux exploitants de centres
d’enfouissement de capter le biogaz et de le valoriser,
ou à défaut, de le brûler en torchère.
Depuis, les quantités valorisées ont augmenté.
Un dispositif réglementaire sur les émissions
des moteurs permettrait de développer la valorisation
thermique. « Il est nécessaire
que les entreprises françaises acquièrent
le savoir-faire indispensable à la diffusion
de la méthanisation bien qu'il existe déjà
des applications industriellement éprouvées,
notamment dans l'agroalimentaire sous forme de production
de chaleur et d'électricité, explique
Olivier Théobald. Depuis avril 2002, les
unités de méthanisation bénéficient
de tarifs d'achat de l’électricité
produite à partir de biogaz, à l'instar
de ce qui a été fait pour les centres
de stockage. Ils s'avèrent cependant insuffisants
pour l'équilibre économique des unités
de méthanisation. » Le potentiel
du biogaz de décharge est lui aussi sous-exploité
: une vingtaine de centres d’enfouissement sont
équipés d’unités de valorisation
(28 000 tep/an). « De 1999 à 2001,
on a constaté une progression importante de production
électrique à partir du biogaz de centre
de stockage. Actuellement, ce sont des unités
d'une puissance de 2 MW électriques en moyenne
qui sont mises en service. De la même manière
que pour la méthanisation, un retour d'expérience
sur ces unités facilitera un développement
optimal de ces techniques », précise
Sandrine Wenisch, du département technique des
déchets de l'ADEME.
Des pistes de progrès
L’ADEME est fortement impliquée dans la
R&D et les opérations de démonstration.
En 2002, elle a consenti 4,3 M€ d’aides à
l’investissement, principalement consacrés
à trois importants projets de méthanisation
de déchets organiques en mélange en Bretagne,
dont une unité vient de démarrer son exploitation.
Elles constitueront les premières références
à l’échelle industrielle. L’agence
a accordé des aides à la décision
à 18 opérations : pré-diagnostics
pour la méthanisation dite “à la
ferme”, études de faisabilité pour
la valorisation du biogaz de centres d’enfouissement...
D'autres applications sont en phase d'études,
comme par exemple la production de carburant et l’injection
dans des canalisations dédiées, ou la
méthanisation des déchets gras. |