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Dix
ans après Rio, quels seront les grands enjeux du sommet ?
Pierre Radanne : Rio a marqué une évolution
majeure, une prise de conscience collective, mais ensuite les actions
n'ont pas suivi à la hauteur des enjeux et des aspirations.
Les engagements pris par les pays industrialisés connaissent
un aboutissement difficile. La grande pauvreté na pas
franchement régressé.
Enfin sur un certain nombre de sujets, comme leffet de serre,
la déforestation ou les risques industriels et sanitaires,
les diagnostics environnementaux se sont globalement aggravés.
Ce contexte, et notamment la dualité environnement
développement, sera au centre de tous les débats.
Comment lADEME a-t-elle contribué
à la préparation de cette rencontre ?
François Démarcq : Aux côtés
du Comité Français pour le Sommet Mondial du Développement
Durable, lADEME a mis ses compétences techniques et
son expérience sectorielle au service de cet événement
en tant quexpert sur les questions dénergie,
et en tant que coordinateur du pavillon français, qui réunira
des représentants des
collectivités territoriales, des associations, des entreprises
et des membres de la communauté scientifique. Cette préparation
a culminé avec la conférence de Rennes, point de synthèse
du travail des différents groupes. Jai moi-même
présidé les travaux du groupe Energie.
Quelles sont les propositions de ce groupe
?
François Démarcq : Parmi les projets
mis en avant, plusieurs visent lutilisation des énergies
renouvelables en milieu rural.
1,6 milliard dhabitants de notre Planète nont
pas accès à lélectricité, et lélectrification
rurale décentralisée (ERD) constitue pour eux un enjeu
crucial. Cette énergie doit dailleurs aller vers des
usages collectifs plus quindividuels : éclairer le
dispensaire pour les accouchements de nuit, assurer le froid pour
conserver les vaccins, la lumière pour favoriser léducation...
À travers les initiatives retenues, nous avons essayé
de concilier deux objectifs : contribuer à la lutte contre
leffet de serre, un thème dominant, tout en servant
sincèrement, sans plaquer des solutions toutes faites, la
lutte contre la pauvreté et le développement des pays
concernés. Un exemple : les plates-formes multi-services
au Mali permettent damener lélectricité
dans certains villages pour alimenter des activités agricoles
et artisanales. Elles fonctionnent avec des moteurs diesel, le système
le moins cher dans la région concernée. Faut-il regretter
que ces moteurs diesel accroissent leffet de serre ? Ou se
féliciter quils favorisent le développement
local ? Nous sommes en permanence dans cette contradiction-là.
La question de la biomasse, du bois de feu et du charbon de bois
(soit les 2/3 de lénergie consommée dans les
pays du Tiers monde) est également capitale. Il faut aller
vers une gestion durable des forêts et améliorer les
techniques dutilisation.
Pierre Radanne : Ailleurs, lurbanisation rapide
des pays en développement pose dautres défis.
La solution passe par la maîtrise des consommations, à
travers une organisation différente des transports par exemple,
ou en augmentant lefficacité thermique des bâtiments.
Certaines méthodes de construction évitent la climatisation
en zone tropicale, ou améliorent lisolation thermique
dans les zones froides.
À lADEME, nous possédons une expérience
forte sur tous ces sujets : des réalisations en France bien
sûr, mais aussi de nombreuses opérations de coopération
en Afrique, dans les pays du bassin méditerranéen
et en Asie, réalisées avec lappui de notre réseau
de partenaires en France et dans le monde.
Carbonisation
de déchets de scieries en Côte d'Ivoire.

©
L. Vergnet/ADEME |
Comment
faire face aux besoins énormes de financements ?
Pierre Radanne : On ne peut, à travers le financement
public des pays industriels, assurer lensemble des besoins.
Par ailleurs, les entreprises privées hésitent à
investir dans des pays où les risques économiques
perçus sont élevés. Doù lidée
de marier argent public et argent privé, pour que largent
public vienne donner un peu de stabilité à largent
privé. Il sagit de créer un environnement institutionnel
et réglementaire qui permette aux entreprises dinvestir
en sécurité. Pour les investissements de base, la
notion de solidarité doit sappliquer. Il faut rompre
avec la logique purement économique de rentabilité
immédiate.
François Démarcq : Certains pays comme
lAfrique du Sud ou le Maroc ont décidé de financer
lélectrification rurale en faisant appel à des
investisseurs privés pour une partie du coût initial,
lautre étant fournie par la solidarité nationale
ou internationale. Le projet devient alors rentable pour linvestisseur
privé qui collecte un abonnement modeste auprès des
clients. Au Maroc, 16 000 logements vont être électrifiés
sur ce principe par un consortium formé par EDF et TotalFinaElf,
avec le soutien de la coopération allemande. Le relais de
cette solidarité sera pris, pour les opérations suivantes,
par les consommateurs marocains.
À lADEME, nous travaillons actuellement avec lAgence
française de développement pour concevoir un mécanisme
de financement public/privé pour ce type de projets. Et nous
réfléchissons à la manière dattirer
lépargne salariale, à travers les fonds éthiques
dinvestissements
Dans quel esprit partirez-vous à
Johannesburg ?
Pierre Radanne : Nos sentiments seront très
contrastés : fierté de participer à un rendez-vous
capital pour la Planète ; conscience aiguë de lampleur
des enjeux ; mais aussi humilité et pragmatisme. Aborder
globalement les problématiques environnementales cest
bien, mais quest-ce que je fais demain ? À cet égard,
les synergies dacteurs sur le
terrain sont capitales. À Johannesburg, ce type dinitiatives
et de partenariats sera encouragé.
La pratique de lADEME et de ses équipes, cest
justement de mettre en place au quotidien des solutions qui vont
dans lintérêt des uns et des autres. La diplomatie
internationale a ses mérites, laction concrète,
la démonstration et lexemplarité mise en uvre
par les pays développés comme le nôtre, sont
aussi tout à fait importantes pour lengagement des
pays en développement.
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