Sommet mondial pour le développement durable :
Un rendez-vous capital pour la planète

 

 
© Fondation Énergie pour le Monde/D.Taulin-Hommell
 

  La conférence de Johannesburg s’ouvrira le 26 août prochain. L’accès à l’énergie des pays en développement et la question des financements seront au centre des débats, comme l’expliquent Pierre Radanne, Président de l’ADEME, et François Démarcq, Directeur général.  

 

Dix ans après Rio, quels seront les grands enjeux du sommet ?
Pierre Radanne : Rio a marqué une évolution majeure, une prise de conscience collective, mais ensuite les actions n'ont pas suivi à la hauteur des enjeux et des aspirations. Les engagements pris par les pays industrialisés connaissent un aboutissement difficile. La grande pauvreté n’a pas franchement régressé.
Enfin sur un certain nombre de sujets, comme l’effet de serre, la déforestation ou les risques industriels et sanitaires, les diagnostics environnementaux se sont globalement aggravés. Ce contexte, et notamment la dualité environnement – développement, sera au centre de tous les débats.

Comment l’ADEME a-t-elle contribué à la préparation de cette rencontre ?
François Démarcq : Aux côtés du Comité Français pour le Sommet Mondial du Développement Durable, l’ADEME a mis ses compétences techniques et son expérience sectorielle au service de cet événement en tant qu’expert sur les questions d’énergie, et en tant que coordinateur du pavillon français, qui réunira des représentants des collectivités territoriales, des associations, des entreprises et des membres de la communauté scientifique. Cette préparation a culminé avec la conférence de Rennes, point de synthèse du travail des différents groupes. J’ai moi-même présidé les travaux du groupe Energie.

Quelles sont les propositions de ce groupe ?
François Démarcq : Parmi les projets mis en avant, plusieurs visent l’utilisation des énergies renouvelables en milieu rural.
1,6 milliard d’habitants de notre Planète n’ont pas accès à l’électricité, et l’électrification rurale décentralisée (ERD) constitue pour eux un enjeu crucial. Cette énergie doit d’ailleurs aller vers des usages collectifs plus qu’individuels : éclairer le dispensaire pour les accouchements de nuit, assurer le froid pour conserver les vaccins, la lumière pour favoriser l’éducation...
À travers les initiatives retenues, nous avons essayé de concilier deux objectifs : contribuer à la lutte contre l’effet de serre, un thème dominant, tout en servant sincèrement, sans plaquer des solutions toutes faites, la lutte contre la pauvreté et le développement des pays concernés. Un exemple : les plates-formes multi-services au Mali permettent d’amener l’électricité dans certains villages pour alimenter des activités agricoles et artisanales. Elles fonctionnent avec des moteurs diesel, le système le moins cher dans la région concernée. Faut-il regretter que ces moteurs diesel accroissent l’effet de serre ? Ou se féliciter qu’ils favorisent le développement local ? Nous sommes en permanence dans cette contradiction-là.
La question de la biomasse, du bois de feu et du charbon de bois (soit les 2/3 de l’énergie consommée dans les pays du Tiers monde) est également capitale. Il faut aller vers une gestion durable des forêts et améliorer les techniques d’utilisation.
Pierre Radanne : Ailleurs, l’urbanisation rapide des pays en développement pose d’autres défis. La solution passe par la maîtrise des consommations, à travers une organisation différente des transports par exemple, ou en augmentant l’efficacité thermique des bâtiments. Certaines méthodes de construction évitent la climatisation en zone tropicale, ou améliorent l’isolation thermique dans les zones froides.
À l’ADEME, nous possédons une expérience forte sur tous ces sujets : des réalisations en France bien sûr, mais aussi de nombreuses opérations de coopération en Afrique, dans les pays du bassin méditerranéen et en Asie, réalisées avec l’appui de notre réseau de partenaires en France et dans le monde.

Carbonisation de déchets de scieries en Côte d'Ivoire.

© L. Vergnet/ADEME

Comment faire face aux besoins énormes de financements ?
Pierre Radanne : On ne peut, à travers le financement public des pays industriels, assurer l’ensemble des besoins. Par ailleurs, les entreprises privées hésitent à investir dans des pays où les risques économiques perçus sont élevés. D’où l’idée de marier argent public et argent privé, pour que l’argent public vienne donner un peu de stabilité à l’argent privé. Il s’agit de créer un environnement institutionnel et réglementaire qui permette aux entreprises d’investir en sécurité. Pour les investissements de base, la notion de solidarité doit s’appliquer. Il faut rompre avec la logique purement économique de rentabilité immédiate.
François Démarcq : Certains pays comme l’Afrique du Sud ou le Maroc ont décidé de financer l’électrification rurale en faisant appel à des investisseurs privés pour une partie du coût initial, l’autre étant fournie par la solidarité nationale ou internationale. Le projet devient alors rentable pour l’investisseur privé qui collecte un abonnement modeste auprès des clients. Au Maroc, 16 000 logements vont être électrifiés sur ce principe par un consortium formé par EDF et TotalFinaElf, avec le soutien de la coopération allemande. Le relais de cette solidarité sera pris, pour les opérations suivantes, par les consommateurs marocains.
À l’ADEME, nous travaillons actuellement avec l’Agence française de développement pour concevoir un mécanisme de financement public/privé pour ce type de projets. Et nous réfléchissons à la manière d’attirer l’épargne salariale, à travers les fonds éthiques d’investissements…

Dans quel esprit partirez-vous à Johannesburg ?
Pierre Radanne : Nos sentiments seront très contrastés : fierté de participer à un rendez-vous capital pour la Planète ; conscience aiguë de l’ampleur des enjeux ; mais aussi humilité et pragmatisme. Aborder globalement les problématiques environnementales c’est bien, mais qu’est-ce que je fais demain ? À cet égard, les synergies d’acteurs sur le
terrain sont capitales. À Johannesburg, ce type d’initiatives et de partenariats sera encouragé.
La pratique de l’ADEME et de ses équipes, c’est justement de mettre en place au quotidien des solutions qui vont dans l’intérêt des uns et des autres. La diplomatie internationale a ses mérites, l’action concrète, la démonstration et l’exemplarité mise en œuvre par les pays développés comme le nôtre, sont aussi tout à fait importantes pour l’engagement des pays en développement.



 

Pour plus d’informations sur le sommet de Johannesburg, reportez-vous au site, rubrique actualités.

 




 

 

   
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