À Marrakech : l’aboutissement du Protocole de Kyoto  

  La conférence internationale COP 7 a réuni les 167 pays signataires de la Convention Climat,
sous la présidence du ministre de l’Environnement marocain.

© F. Moisan/ADEME
 

  Quatre ans après Kyoto, l’accord conclu le 10 novembre dernier à Marrakech ouvre la voie à la mise en œuvre du Protocole et instaure une régulation internationale sans précédent dans le domaine de l’environnement.  

 

À Bonn, en juillet dernier, la 6e Conférence des Parties à la Convention Climat avait abouti à un accord politique sur un texte de synthèse. « Une majorité de pays s’engageaient sur des principes sans détailler les conditions de mise en œuvre, explique François Moisan, directeur de la stratégie et de la communication de l’ADEME. La Conférence de Marrakech devait traduire en termes juridiques les textes d’application de l’accord de Bonn de manière à ouvrir la voie à la ratification du Protocole. » Le Protocole de Kyoto doit être ratifié par 55 pays pesant au moins 55 % des émissions de CO2 des pays industrialisés pour entrer en vigueur.

Un accord à l’arraché
Compte tenu du retrait américain de ce Protocole (depuis début 2001), il était nécessaire de rassembler, au-delà des pays de l’Union européenne et d’Europe centrale en voie d’adhésion, la Russie et le Japon. Cet impératif a conduit l’Union européenne à accepter deux dispositions :
- L’accès au marché des permis d’émissions ne sera pas conditionné à l’adoption d’un amendement juridiquement contraignant. Le Japon considérait que l’adoption du système d’observance par la Conférence des Parties suffisait pour qu’un pays soit autorisé à intervenir sur le marché des permis d’émissions alors que l’Union européenne souhaitait que la participation à ce marché soit subordonnée à l’adoption d’un amendement au protocole.
- La comptabilisation des puits de carbone. Correspondant au stockage du carbone effectué par les forêts et les cultures pendant leur croissance, ces puits sont pris en compte dans les crédits et les débits d’émissions de CO2. La Russie a obtenu qu’un pays dont les inventaires puits n’ont pas été déclarés conformes aux règles ne soit pas empêché de participer au marché du carbone en 2008. De plus, elle a été autorisée à prendre en compte au titre des puits de carbone 33 millions de tonnes, contre 18 millions de tonnes accordées à Bonn.

© M. Hamelin/ADEME

Les États face à leurs engagements
L’accord trouvé à Marrakech doit permettre la ratification du Protocole avant la fin de 2002, peut-être avant le sommet mondial sur le développement durable qui se tiendra à Johannesburg, en septembre.
« L’accord de Marrakech a été obtenu au prix de quelques concessions, reconnaît François Moisan. Il représente néanmoins un acquis déterminant. D’abord parce qu’il permet la ratification. Ensuite parce qu’il marque un succès du multilatéralisme et un pas vers une gouvernance et une régulation mondiales en matière d’environnement. »
Le mouvement est lancé : dès maintenant, le mécanisme de développement propre est opérationnel. Ce dispositif permet à une entreprise d’un pays du Nord, soumise à un quota d’émissions, de financer un projet de nature à réduire les émissions de CO2 dans un pays du Sud et de récupérer ainsi des crédits d’émissions. Son comité exécutif, désigné à Marrakech, va pouvoir créer les crédits d’émissions après avoir accrédité les opérateurs chargés d’évaluer les projets et de contrôler les réductions d’émissions.
Les gouvernements, par leur ratification, vont maintenant traduire en droit national les engagements politiques et vont devoir adopter des politiques nationales en rapport avec ces engagements.
« En prévision des futures échéances, les gouvernements ont un grand défi à relever, souligne François Moisan. Il est clair que les négociations internationales pâtissent de l’incompréhension de ces enjeux par les opinions publiques. L’acceptation sociale d’une politique ambitieuse de lutte contre l’effet de serre impose de faire mesurer au grand public les enjeux et de lui faire comprendre que la lutte contre le changement climatique dépend des efforts de tous. »



 

Les dates-clés du processus
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1992 : Convention de Rio
Pour la première fois, l’ensemble des pays s’engagent à protéger le climat. De plus, les pays industrialisés promettent de stabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre : le niveau de 2000 ne devra pas dépasser celui de 1990.
1995 : Mandat de Berlin
Première Conférence des Parties à la Convention Climat reconnaissant la nécessité d’un renforcement des engagements des pays développés.
1997 : Protocole de Kyoto
Fixation d’objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés : 5,2 % de réduction à atteindre en 2008-2012 par rapport au niveau de 1990, des objectifs nationaux étant fixés pour chaque pays.
2001 : Accord politique de Bonn
Accord sur les modalités de mise en œuvre du Protocole de Kyoto, malgré le retrait des États-Unis : soutien financier renforcé des pays du Nord aux pays du Sud, adoption du principe de sanctions en cas de non-respect des engagements...
2001 : Accords et déclaration de Marrakech
• Adoption de l’ensemble des règles juridiques nécessaires à la ratification et à la mise en œuvre effective du Protocole de Kyoto.
• Démarrage du mécanisme de développement propre.
• Définition du fonctionnement du marché des permis d’émissions.

 


   
 
François Moisan
Tél. : 01 47 65 20 95
françois.moisan@ademe.fr

 

Parallèlement à la conférence de Marrakech, l’ADEME a été à l’initiative d’une opération de sensibilisation au changement climatique auprès d’enfants marocains. (Voir brève)

 



 

 

   
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