Contrat de plan État-ADEME
Le socle d’une gestion par objectifs
 

  Roger-Gérard Schwartzenberg, Dominique Voynet, Christian Pierret et Pierre Radanne.

© R.Bourguet/ADEME
 

  Le 19 juin, l’ADEME et ses trois ministères de tutelle signaient un contrat de plan pour 2000-2006. Commentaires et mise en perspective avec Pierre Radanne, Président de l’ADEME, et François Démarcq, Directeur général.  

 

En quoi cette signature représente-t-elle un enjeu stratégique pour l’ADEME ?
Pierre Radanne : L’État confirme, dans le cadre de ce contrat de plan, le rôle important qu’il entend faire jouer à l’ADEME dans la mise en œuvre des politiques publiques de protection de l’environnement et de maîtrise de l’énergie. Il lui signifie qu’il attend d’elle des résultats vérifiables s’appuyant sur des objectifs concrets pour chacune de ses missions : gestion des déchets, maîtrise de l’énergie, réduction des pollutions atmosphériques… Le mot “résultats” est ici essentiel : ce contrat concrétise le passage d’une gestion classique à une gestion par objectifs, selon un mode d’organisation plus familier jusqu’à présent au monde de l’entreprise. En clair, la dépense financière n’est plus l’instrument privilégié de la mesure des actions et de leur succès, c’est le résultat obtenu qui compte, et ce résultat, dans nos métiers, peut la plupart du temps être quantifié (volume des déchets traités, énergie économisée, CO2 évité). Ce contrat est l’aboutissement d’un an et demi de préparation avec l’État et constitue donc désormais notre tableau de bord stratégique.

Pourquoi cette échéance 2006 qui peut sembler lointaine ?
François Démarcq : Il y a d’abord une raison technique à ce choix : faire coïncider le contrat de plan État-ADEME avec les contrats de plan État-Régions, dans lesquels l’ADEME est fortement impliquée.
Pierre Radanne : En matière d’environnement, une difficulté majeure est de devoir gérer des problématiques lourdes, avec une échelle de temps à dix, vingt ans… tout en répondant à l’impatience légitime du public, des élus, des entreprises… L’horizon 2006 représente donc un moyen terme pertinent pour fixer des objectifs réalisables, tout en gardant cette indispensable vision à long terme.
François Démarcq : Nous avons prévu toutefois une étape intermédiaire en 2003 pour éventuellement revoir nos objectifs en fonction des premiers résultats et des aléas toujours possibles. Cependant, la philosophie du contrat est bien de garantir une certaine stabilité, une visibilité dans nos programmes d’action, notamment pour nos partenaires.

Pierre Radanne, Président de l'ADEME.

Quels engagements financiers a pris l’État ?
Pierre Radanne : Nos prévisions sont fondées sur le budget de l’ADEME pour l’année 2000, proche de 3 milliards de francs. Avec ce budget multiplié par sept d’ici 2006, ce sont des sommes considérables qui nous sont confiées pour atteindre les objectifs fixés. Et, chose importante, l’État a admis le principe de réciprocité, de “donnant-donnant”. Si ce budget annuel diminue, nos engagements de résultats diminueront aussi, et l’inverse est vrai si ce budget augmente…

De son côté, l’ADEME s’engage-t-elle de la même façon pour toutes ses actions ?
François Démarcq : Nos engagements sont structurés en trois niveaux, en fonction de l’implication de l’ADEME. Si celle-ci est forte et directe, nous pouvons garantir les résultats : appelons cela les engagements du premier cercle. À l’autre extrémité de la graduation, quand l’Agence n’a joué qu’un rôle d’expert, par exemple dans la genèse d’un texte de loi, il est exclu pour elle de se prévaloir de l’ensemble des résultats obtenus : nous sommes là dans des engagements du troisième cercle.
Entre les deux situations, il arrive que l’ADEME joue un rôle moteur mais pas décisif à lui seul, par exemple dans le cas des aides à la décision ou encore des outils bancaires que nous avons mis en place avec des partenaires financiers pour créer des effets de levier : c’est le deuxième cercle des engagements.

Quel sera l’impact de ce contrat de plan pour vos partenaires, entreprises ou collectivités locales ?
Pierre Radanne : Tous y trouveront, avec une grande lisibilité, les objectifs et les priorités de l’ADEME. Le dialogue en sera facilité, par exemple pour les discussions concernant le dimensionnement des systèmes d’aide. Tous ceux qui ont des projets d’entreprise y trouveront aussi des points de repère précieux puisqu’ils auront notamment une bonne visibilité des opportunités de marchés et des axes de développement vers lesquels s’engager.


François Démarcq, Directeur général de l'ADEME.

François Démarcq : Sur le terrain, avec les délégations régionales et un ensemble de partenaires, nous travaillons sur des objectifs intermédiaires correspondant à des facteurs-clés de succès : pour promouvoir les chauffe-eau solaires par exemple, il est essentiel de constituer des réseaux d’installateurs. Ce travail pas à pas s’appuie en permanence sur les orientations du contrat de plan, qui sera aussi une source de motivation pour nos équipes en interne.

Les engagements portent-ils aussi sur la gestion de l’ADEME ?
François Démarcq : Les chantiers que nous avons à mener sur la gestion répondent à la mutation de l’ADEME, liée notamment à sa forte croissance. Démarche d’organisation de la qualité, définition de projets de service, mise en place d’un management interne par objectifs, adoption d’outils de suivi des activités… C’est ainsi que nous entendons passer à une gestion de type industriel, suivant en cela le sens de la modernisation de l’État.
Pierre Radanne : Ce pilotage est un art délicat : il faut garder le cap, calculer sa vitesse, sa trajectoire, tenir compte des virages à prendre… Déjà, les premiers résultats qui figurent dans le rapport d’activité 2000 sont encourageants et nous avons devant nous quelques beaux chantiers.

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