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La
Lettre ADEME : Comment
qualifier ce millésime 2000 ?
Pierre Radanne : L’année 2000 va être une année de grand
plaisir pour l’ADEME. D’une part, notre activité déchets sera exceptionnelle
: près de 10 milliards de francs d’investissements sont prévus en
France dans ce secteur. Après plusieurs années de mise en place,
notamment à travers les plans départementaux, c’est le plaisir du
passage à l’acte, avec un budget ADEME en hausse (+ 423 millions
de francs).
Fin 2000, 37 millions de Français trieront leurs déchets.
D’autre part, notre action en faveur de la maîtrise de l’énergie
a changé d’échelle en 1999, avec la multiplication par 5 de nos
moyens d’intervention.
Après la redéfinition de nos priorités et de nos méthodes de travail,
en 2000 nous aurons le plaisir du développement de l’ensemble de
nos activités.
Quels seront les autres axes forts de l’année
2000 ?
Pierre Radanne : La signature des contrats de plans
avec les conseils régionaux en premier lieu. C’est dans la nature
de l’ADEME de chercher des partenariats avec des acteurs publics
proches du terrain. Désormais, l’ADEME et les conseils régionaux
miseront chacun 500 millions de francs par an, contre 50 millions
de francs pour la période précédente, là encore un changement d’échelle.
Ces accords seront signés au premier semestre pour sept ans.
François Démarcq : Il y aura aussi la signature du
Contrat de plan avec l’Etat, destiné à offrir à tous nos partenaires
une vision à moyen terme de l’action de l’ADEME. La mise en place
d’un nouveau système de gestion informatique sera à cet égard capitale,
en permettant de fournir une évaluation continue de nos résultats
sur toutes les actions engagées.
Toujours au chapitre des négociations en cours, nous renouvelons
actuellement nos accords avec EDF, dans un contexte où les communes
sont désormais investies de pouvoirs renforcés sur la maîtrise de
la demande d’électricité. La volonté de l’ADEME, c’est de mettre
au point une vraie offre territorialisée de maîtrise de la demande,
appliquée à des communes ou des syndicats départementaux par exemple.
Pierre Radanne : N’oublions pas la lutte contre l’effet
de serre, qui fait partie des engagements de l’ADEME. En novembre,
à La Haye, aura lieu une étape décisive de ce cycle de conférences
internationales. A ce moment- là, la France présidera l’Union Européenne,
qui joue dans ce débat un rôle moteur.
Fin
99, l’actualité climatique a marqué les esprits. Quelles réponses
l’ADEME peut-elle apporter ?
François
Démarcq : Notre pays se trouve devant un énorme chantier
de reconstruction des réseaux. Ce doit être l’occasion de réfléchir
sur un certain nombre d’initiatives autour de la sécurisation des
réseaux. Parmi les idées à explorer, il y a la production décentralisée,
des solutions sécurisées qui permettent de faire fonctionner en
cas de crise des micro-réseaux de manière autonome, avec des énergies
renouvelables ou de la cogénération. Cette approche de gestion de
crise, en particulier en milieu rural, ouvre la voie à des réflexions
nouvelles.
Vous allez bientôt vous adresser à l’opinion
publique …
Pierre Radanne : Oui, cet automne, sur le thème de
la maîtrise de l’énergie. Nous réfléchissons actuellement aux axes
de cette campagne. Je crois qu’au-delà de l’information sur les
politiques publiques et sur les actions de l’ADEME, il faut aussi
dire aux gens : vous, citoyen, que pouvez vous faire ? Il faut expliquer
qu’il existe des réponses préparées, coordonnées, aux grands problèmes
de la planète et qu’en même temps, chacun joue un rôle au quotidien
pour réduire les tensions collectives.
Votre action va-t-elle prendre des directions
nouvelles ?
François Démarcq : En matière d’air, les aides à l’investissement
sont pour le moment réservées aux grandes entreprises, qui payent
la taxe générale sur les activités polluantes. Or dans la formation
de l’ozone, les rejets de nombreuses petites industries jouent un
rôle-clé : n’y a-t-il pas dans certaines zones, ou pour certaines
branches, la possibilité de porter notre action vers des cibles
nouvelles ? La question est ouverte.
Nous devrons également réfléchir au développement du management
environnemental. Notre coopération avec l’ACFCI va bientôt être
enrichie sur ce thème. Depuis plusieurs années, les Chambres de
commerce et d’industrie volontaires emploient des chargés de mission
sur les déchets des entreprises. Cette action pourrait toucher l’ensemble
des questions d’environnement : air, eau, bruit, énergie… De nombreuses
CCI sont intéressées par cette démarche plus globale.
Les logements des personnes les plus démunies sont un autre axe
d’intervention prioritaire. Avec l’Agence nationale pour l’amélioration
de l’habitat, la Caisse des dépôts, EDF, nous travaillons sur des
programmes d’action axés sur la prévention plutôt que sur le curatif,
à travers l’isolation des logements et la rénovation des systèmes
de chauffage.
Agir pour l’environnement a un coût pour
les acteurs concernés …
Pierre Radanne : Pour obtenir des résultats, tout
en étant économes des deniers publics, nous cherchons à mobiliser
de l’argent bancaire aux côtés de l’argent public. C’est tout le
sens de la création du Fogime. Ce montage financier a pour but de
rendre l’argent des banques plus accessible aux PME, en lui adjoignant
les garanties et l’argent de l’Etat. Le Fogime démarre sur la maîtrise
de l’énergie, nous souhaitons ensuite l’étendre aux déchets, à l’air…
François Démarcq : Dans le même esprit d’ingénierie
financière, nous préparons un autre projet, celui d’un fonds de
« quasi-capital » qui sera réservé à des investissements plus lourds,
par exemple l’éolien offshore. Pour résumer, disons que l’ADEME
prendra un risque financier mesuré, pour rassurer les banquiers
et les amener à entrer dans le tour de table des projets auxquels
nous croyons.
Pierre Radanne : Les solutions positives pour l’environnement
doivent devenir moins chères, si on veut qu’elles se banalisent.
On obtiendra ainsi un « effet boule de neige », qui est déjà en
marche. Cette année, le nombre d’actions montées par l’ADEME avec
les entreprises ou les collectivités locales va dépasser 12 000,
soit plus qu’un doublement en quatre ans.
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