La lettre ADEME janvier - février 2004

 N° 26 / Janvier - février 2004Lettre | Dossier | NewsletterArchives 
Entre idées-reçues et réalités…

Les freins au développement de l’éolien en France sont encore trop nombreux. Les nuisances liées à l’implantation des éoliennes restent pourtant tout à fait acceptables au regard des bénéfices attendus. Toutes les précautions sont d’ailleurs prises pour limiter leur impact sur l’environnement. Précisions avec Jean-Louis Bal.

Dégradation du paysage... ou embellissement ?
C’est évident, les éoliennes modifient les paysages. Pour les uns, ces machines constituent une dégradation de l’environnement. Pour les autres, ce sont des éléments architecturaux esthétiques. Soulignons cependant que les projets éoliens en France sont très encadrés par les lois de janvier et juillet 2003. L’implantation d’une éolienne nécessite le respect de procédures administratives (27 étapes) et est soumise à la délivrance d’un permis de construire par le préfet, permis qui s’accompagne obligatoirement d’une évaluation environnementale et d’une étude paysagère. Un sondage commandé en 2003 par l’ADEME montre que les riverains des parcs éoliens de l’Aude et du Finistère ont des jugements sur l’impact des éoliennes plus favorables que les personnes moins directement concernées. À la question « estimez-vous que les éoliennes détériorent le paysage ? », 61 % des sondés répondent “oui” au niveau national, mais seulement 41 % des riverains des installations dans l’Aude et 33 % dans le Finistère. Cela renforce l’idée que les oppositions, même les plus passionnelles, peuvent être réduites grâce à une information objective. D’après une étude de l’ADEME réalisée en 2004 par l’institut Louis Harris sur « Les Français et les énergies renouvelables », 98 % des personnes interrogées plébiscitent leur développement. L’éolien est bien perçu : 62 % accepteraient qu’un parc de 8 à 10 éoliennes soit installé à moins d’1 km de chez eux. Il convient également de préciser que les éoliennes sont des équipements facilement démontables en fin de vie, ce qui permet de revenir au paysage originel. Elles répondent aussi aux principes du développement durable : elles sont constituées de matériaux recyclables et leur “retour sur énergie” est extrêmement rapide puisque une éolienne fournit en seulement trois mois l’équivalent de l’énergie qui a été nécessaire pour sa fabrication.

Nuisances sonores... ou bruit acceptable ?
Si les éoliennes de première génération étaient effectivement bruyantes, de gros progrès ont été accomplis depuis, tant pour ce qui est du bruit mécanique (produit notamment par les engrenages dans les nacelles) que du bruit aérodynamique causé par la circulation de l’air sur les pales. Le bruit engendré par les éoliennes actuelles n’est plus perceptible au-delà de quelques centaines de mètres et l’émergence maximale (qui mesure la nuisance sonore) tolérée par la réglementation est de 3dB la nuit et 5 dB le jour.
Soulignons que l’augmentation du niveau sonore n’est pas proportionnelle au nombre de machines. De plus, ce niveau se stabilise à partir d’une certaine vitesse du vent : au-delà de cette vitesse, le bruit du vent continue, lui, d’augmenter et vient couvrir celui de l’éolienne par un effet de “masque”.

Dangerosités... ou risques mesurés ?
Collision directe avec les pales, projections au sol provoquées par les turbulences des pales… Les études réalisées en Europe et par des associations spécialisées dans la protection des oiseaux montrent une mortalité de 0,4 à 1,3 oiseau tué par éolienne et par an, ce qui reste très faible au regard d’autres facteurs de mortalité comme la circulation routière, les lignes électriques ou les baies vitrées. Pour minimiser encore le risque, des mesures préventives peuvent être prises afin d’éviter l’implantation d’éoliennes dans des couloirs de migration majeurs (ou en les implantant selon un axe parallèle aux routes migratoires), dans des sites de nidification importants ou des territoires d’espèces menacées. Quant aux éventuels dangers pour les humains, ils sont particulièrement faibles. Les bris de pales ou les chutes d’éoliennes constatées sont extrêmement rares : une étude sur 10 ans au Danemark, portant sur un parc de près de 1 912 machines, a donné une probabilité de destruction de 0,00083 par an. De plus, les éoliennes sont conçues pour s’arrêter automatiquement quand la vitesse du vent dépasse 90 km/h et pour supporter des rafales à 250 km/h. Par ailleurs, aucune étude n’a pu démontrer la réalité d’autres risques pour la santé humaine (champs électro-magnétiques, infrasons).

Production variable... ou énergie garantie ?
Pour une éolienne donnée, l’énergie produite dépend du vent et ne peut donc être que variable : le taux de production est d’environ 30 % du temps avec des variations selon les sites de 25 % à 50 %. Mais cet argument valable pour une éolienne l’est beaucoup moins avec la répartition du parc sur tout le territoire : il est rare que le vent s’arrête de souffler en même temps dans toutes les régions. Au niveau national, l’effet de la variabilité de l’éolien est à relativiser. De plus, les variations de la puissance produite sont aujourd’hui facilement gérables grâce aux prévisions possibles à 24 heures.

Surcoût... ou investissement bien compris ?
Depuis l’arrêté tarifaire de juin 2001, l’électricité éolienne est achetée par le service public de l’électricité à un tarif supérieur par rapport aux sources conventionnelles, calculé en fonction de la vitesse moyenne du vent sur le site (les sites les plus favorables bénéficiant d’une aide moindre que les autres). On peut donc parler de surcoût. Mais ce surcoût est transitoire et il doit être considéré comme un investissement : pendant une période de lancement, il permet d’accompagner la montée en puissance progressive de la filière industrielle correspondante, puis il est amené à s’éteindre à l’arrivée à maturité de l’éolien. Ainsi, chaque année, le barème appliqué aux nouvelles installations est réduit de 3,3 % avec un réduction supplémentaire de 10 % lorsque le cap des 1 500 MW installés aura été franchi. L’objectif est à la fois de prendre en compte l’évolution à la baisse des coûts des équipements et d’inciter les industriels à poursuivre leurs efforts dans ce sens.

Dépenses... ou avantages significatifs en termes
de revenus et d'emplois ?

En 2003, en France, les surcoûts se sont élevés à 30 millions d’euros, soit environ 50 centimes d’euros pour chaque consommateur d’électricité. Dans l’hypothèse où les objectifs de développement de l’éolien à l’horizon 2010 seront atteints, le surcoût représentera une hausse de prix de l’ordre de 2 % de la facture d’électricité, soit un effort d’environ 6 euros par an et par foyer. Mais au regard de cette dépense relativement modérée, les parcs éoliens constituent une véritable filière économique générant revenus significatifs pour les collectivités locales au travers de la taxe professionnelle et créations d’emplois pour la fabrication du matériel, son installation et son entretien. De plus, elle participe au développement local, car bien souvent l’installation et l’entretien sont confiés à des techniciens locaux. Un exemple : l’Allemagne compte aujourd’hui 45 000 personnes travaillant dans ce secteur.

 CONTACT Jean-Louis Bal
 Tél. : 01 47 65 22 27
jean-louis.bal@ademe.fr

 L’accompagnement des projets
© O. Sébart / ADEME
LES SCHÉMAS TERRITORIAUX
Des schémas territoriaux d’investissement éoliens sont prévus aux horizons 2010 et 2015. Ces schémas sont portés par les Comités régionaux et locaux et les préfets en relation étroite avec les DRIRE et les DIREN. La mise en place de comités départementaux dans plusieurs régions,par exemple en Picardie,a démontré leur utilité avec un taux de succès des projets significativement plus élevé.
De plus, la création – à l’étude – d’un Comité national éolien, établira un lien régulier avec les préfets pour veiller au respect des délais d’instruction des permis de construire et analyser les motivations en cas de multiplication des refus.

L’ACTION DE L‘ADEME
En plus de nombreux outils de communication destinés à améliorer la perception de l’éolien par le grand public, l’ADEME agit selon trois axes pour faciliter le développement de projets sur le terrain :
en aidant à l’appropriation locale des divers outils nécessaires au montage des projets,
en accélérant la formation des personnels de l’État,
en contribuant à la mise en œuvre de schémas régionaux.

Des sessions de formation des personnels de l’État ont été mises en place par l’Agence en collaboration avec les ministères concernés.

Pour tout renseignement, s’adresser à l’une des délégations régionales de l’ADEME dont la liste est consultable sur www.ademe.fr

LE FINANCEMENT

Des projets éoliens peuvent bénéficier des financements du FIDEME, fonds d’investissement qui associe capitaux privés et publics pour encourager les projets des entreprises, principalement dans les secteurs des EnR et de la valorisation des déchets.
Le FIDEME, géré par Environnement et Infrastructures, filiale de CDC IXIS,est doté des deux tiers (30 millions d’euros) par le secteur bancaire et d’un tiers par l’ADEME (15 millions d’euros).Depuis son lancement en 2003, sur les 20 dossiers retenus, une quinzaine concerne des projets éoliens. L’ADEME est associée à l’instruction des dossiers en donnant un avis sur les projets.

Une autre possibilité de financement existe au travers de FCPR (Fonds communs de placement à risques) pour les projets d’initiative locale impliquant les acteurs locaux (communes, acteurs du monde agricole,syndicat d’électricité…).


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© O. Sébart / ADEME

Parc éolien de Goulien, situé à l'est de la pointe du Raz dans le Finistère.



 Chiffres clés (France)
86 MW éoliens installés en 2003 (53 MW en 2002)
Parc total : 273 MW en juin 2004, avec 481 machines
Objectif d’étape pour 2007 : 2 000 à 6 000 MW avec 1 000 à 3 000 machines